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BULLETIN 52, Novembre 2016, Introduction

Le 25 septembre dernier le président de la république française lors d'une cérémonie dans la cour de l'Hôtel des Invalides à Paris, à l'occasion de la Journée nationale d’hommage aux Harkis, a honoré une promesse de campagne faite en 2012 : "Je reconnais les responsabilités des gouvernements français dans l'abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d'accueil inhumaines de ceux transférés en France", a déclaré le chef de l'État, applaudi par les représentants des harkis présents dans l'assistance. Evoquant une "vérité implacable" et "cruelle", François Hollande a parlé des "combattants qui furent privés de la protection de la France au lendemain de la guerre d'Algérie et dont l'abandon ne fut jamais pleinement reconnu par la République". Ce drame des Harkis fut cependant dénoncé publiquement dès février 1963 lors du procès de l’attentat du Petit-Clamart. Dans sa Déclaration du 2 février, Jean Bastien-Thiry condamne avec la dernière énergie le sort terrible réservé aux Harkis par le pouvoir en place et pointe la responsabilité de celui qu’il nomme « le dictateur » : « Cependant la trahison de l'actuel pouvoir politique, à l'égard des populations françaises musulmanes, est certainement plus infâme encore! et ces crimes plus impardonnables, car il s'agit d'hommes et de femmes qui, ayant fait confiance à la parole du Chef de l'État, général en uniforme, ayant fait confiance à l'Armée, et à l'Administration française, agissant conformément à la politique et aux instructions du Gouvernement, s'étaient, en vertu d'un choix libre et courageux, rangés à nos côtés, et pour beaucoup d'entre eux, avaient combattu à nos côtés! Ces populations françaises musulmanes, il y a eu la fraction d'entre elles qui, grâce aux officiers agissant parfois de leur seule initiative, et contrairement aux instructions de M. Joxe, ont pu gagner la métropole, abandonnant leurs terres, et qui sont installées maintenant dans des conditions souvent misérables, parfois en butte aux menaces des agents du F.L.N. Mais il y a celles, beaucoup plus nombreuses, qui ont été purement et simplement abandonnées à leurs bourreaux et à leurs égorgeurs! La presse, et surtout la radio d'État, ont été singulièrement discrètes sur l'ampleur des massacres et des tortures infligées aux musulmans francophiles, qui sont nos frères! Tous ces hommes sont actuellement sous le coup d'une loi d'épuration. Dans certaines régions d'Algérie, tous ces hommes sont morts ou en prison. Il s'agit d'un véritable génocide perpétré contre les musulmans qui avaient cru en la France. Ce génocide a fait plusieurs dizaines ou centaines de milliers de victimes, mises à mort dans des conditions et après des tortures abominables! Ces massacres dépassent de loin, en horreur, ceux de Katin, ceux de Budapest, ceux du Katanga, et le caractère monstrueux du dictateur apparaît à son indifférence, devant ces indicibles souffrances qui sont pour lui autant de manquements à l'honneur! » Ce langage de vérité n’a pas été pardonné à Jean Bastien-Thiry ; il a été fusillé. 53 ans après, la lourde responsabilité des autorités de l’époque dans ce génocide est enfin officiellement reconnue.


BULLETIN 49: Mars 2015 Extrait de l’homélie d’une messe pour Jean Bastien-Thiry

… La mort, la violence, l’injustice ne peuvent rien contre l’amour, contre la foi, contre l’espérance car cela est immortel, cela vient de Dieu, cela a été disposé par Dieu Lui-même au fond de nos cœurs comme Il les a déposés dans le cœur du colonel Bastien-Thiry. L’amour, la passion d’un idéal ne peut donc mourir, il est la vie même du monde, il est l’énergie qui met tout en route, l’amour est le feu de Dieu que le Christ est venu ranimer sur notre terre. Si nous mettons une croix sur les tombes de nos défunts, c’est pour exprimer notre conviction que le Christ, mort comme nous, est toujours avec nous au-delà de la mort. Le Christ nous a appris qu’il ne fallait jamais renoncer, jamais capituler ni devant la violence, ni devant la haine, ni devant l’injustice ou le mensonge, ni même devant la mort. Pour le Christ et pour nous chrétiens, la mort n’est pas le dernier mot de notre existence. C’est l’Amour qui a et qui est le dernier mot de notre existence, comme une Présence ineffaçable de Dieu, ce même Amour dont le Christ était rempli, avec la foi et la confiance dont il fut témoin jusque dans ses souffrances et sa mort. Dans la lumière de cette foi au Christ mort et ressuscité, nous allons continuer notre prière et notre hommage à Jean Bastien-Thiry. Laissons à notre frère et ami la conclusion en écoutant ce qu’il a écrit à Colomb-Béchar en 1954 et qui résonne vraiment en parallèle avec la prière du Notre Père de l’Evangile de ce jour, je cite :

"Du fond de mon cœur                                                                                    Montait vers Dieu une grande reconnaissance,                                                     Et aussi le sentiment que ce qui m’était demandé,                                                C’était de n’être médiocre en rien,                                                                      De faire tout en m’y engageant le plus possible,                                               En servant de toutes mes forces.                                                                          Dans ce but, je crois qu’il faut garder à chaque instant                                       Un contact permanent et direct avec Dieu,                                                      Peut-être pas sur le plan mystique,                                                                    Mais comme en s’adressant à un Père qui peut tout,                                            Et essayer de creuser de plus en plus                                                                La signification de tout ce que nous faisons,                                                Orienter notre travail dans le sens voulu par Lui,                                           Chercher avec les hommes qui nous entourent                                                     Des contacts humains et profonds.                                                                 Dans le dessein de Dieu sur la terre,                                                                    Il y a une place qui nous est réservée,                                                               Et cette place ne peut pas être tenue par d’autres que nous.                             Il faut donc bien réfléchir et sentir ce qui nous est demandé dans ce but,          Savoir diriger son activité et surtout,                                                                Même dans les choses les plus banales, voir l’homme.                                         Voir en toutes choses la part de divin qu’il y a en elles,                                     Car rien n’est indifférent.                                                                                       Que Dieu nous donne l’intelligence et la claire vision                                         De ce que nous avons à faire dans ce monde :                                                    Il faudrait méditer Saint Paul                                                                               Dans le sens de l’engagement à fond dans cette vie,                                          A la lumière du plan divin".